Affichage des articles dont le libellé est travaux portuaires. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est travaux portuaires. Afficher tous les articles

dimanche 28 juin 2015

C'EST QUOI LES CORAUX ?

On parle souvent des coraux en insistant sur leur importance. Mais quelle est la nature des coraux ? Animale, minérale ou végétale ? Comment et dans quelles conditions les récifs coralliens se forment-ils ? 50% des récifs coralliens ont disparu en près de 50 ans. Pourquoi ?

Petite patate de corail photographiée sur la Caye de la Grande Sèche, site menacé par les autorités.

Animal, minéral, ou végétal ?
Les trois à la fois !! Mais tout d'abord, le corail est un animal de la famille des Cnidaires (comme les méduses, les anémones,...) qui ressemble à une méduse retournée. Ce petit organisme de quelques millimètres se fixe par son pied à son support et, avec les tentacules réparties autour de sa bouche, capture des proies de très petite taille.

Cet animal appelé polype vit en symbiose (= association étroite gagnant-gagnant) avec une algue microscopique, la zooxanthelle, qui demeure dans l'organisme du polype. En échange du CO2 que lui apporte le polype, cette algue va fournir, grâce à la lumière du soleil, des sucres et de l'oxygène (c'est la photosynthèse) dont a besoin le corail pour sa croissance. Cette petite algue va aussi donner au corail sa couleur (sans elle, il est blanc !). Ces deux espèces ne peuvent survivre longtemps l'une sans l'autre.
Enfin, le polype va construire un squelette calcaire (carbonate de calcium) en utilisant notamment le CO2 dissout dans l'eau de mer. 

C'est ce squelette qui constitue l'élément minéral du corail. Il peut prendre des formes extrêmement élaborées et subsiste après la mort du corail. Ainsi, les grands récifs du monde sont constitués de milliers de générations de polypes morts. Le plus grand édifice coralliens, la Grande Barrière de corail, s'étend sur 344 000 km2 ! 

Du polype de corail au récifs coralliens
S'il trouve un environnement favorable, le corail va se développer en croissant plus ou moins rapidement selon son espèce et les conditions du milieu. Certains coraux sont dits «  à croissance rapide » (jusqu'à 25 cm par an), d'autres « à croissance lente » (de 0 à quelques millimètres par an). On choisit les premiers pour former rapidement des récifs coralliens par bouturage, souvent du genre Acropora. 

Cependant (comme leur nom ne l'indique pas !), les récifs coralliens ne sont pas composés uniquement de coraux; d'autres animaux y sont associés comme les éponges, les gorgones, les ascidies...Ces animaux sont dits « filtreurs » car ils se nourrissent en captant leurs aliments par filtration de l'eau.

Eponges, gorgones et autres animaux "filtreurs"sur la caye de la Grande Sèche, site menacé par les autorités.

Un concentré coloré de biodiversité
Les récifs coralliens constituent de véritables forêts tropicales sous-marines !
En plus d'assurer une photosynthèse (absorption de CO2 et production d'O2), on y trouve de très nombreuses espèces, soit en tout de 1 à 9 millions d'espèces selon certaines estimations. Une grande variété d'animaux y est attirée pour différentes raisons:
  • le nettoyage de coraux (ex: le poisson-chirurgien ou le poisson-perroquet qui se nourrissent des algues qui recouvrent les récifs)
  • la présence d'abri ou d'un support (ex: le célèbre poisson-clown qui trouve refuge dans les tentacules venimeuse de l'anémone de mers)
  • la reproduction (d'où la présence d'un grand nombre de jeunes poissons ou de juvéniles)
  • la présence de proies potentielles pour les animaux qui se nourrissent de tous ceux cités plus haut (ex: la tortue, le requin, le poisson-lion,...)
  • ...
La biodiversité des récifs coralliens
Un écosystème exigeant...donc fragile !
Quelles sont les conditions idéales pour la croissance du corail ? L'eau ne doit pas contenir trop de particules qui risqueraient d'étouffer les polypes. La micro-algue a besoin d'une eau tiède, le plus souvent entre 25 à 30°C, et est très sensible aux variations de température.
 Pour assurer la photosynthèse, la lumière du soleil doit lui parvenir. Le corail ne peut donc vivre que dans des milieux à faible turbidité, autrement dit dans les eaux claires, et à des faibles profondeur.
 Enfin, les coraux tout comme les mangroves s'épanouissent dans des eaux saumâtres, c'est-à-dire à une salinité intermédiaire entre celle de l'eau douce et celle de l'eau de mer . C'est pourquoi les coraux se trouvent généralement à proximité du côtes.

Un rétrécissement de la couverture corallienne alarmant !
Apparus il y a environ 500 millions d'années, les récifs coralliens sont des écosystèmes riches et essentiels à la vie sous-marine. Mais les surfaces recouvertes de coraux en bonne santé se réduisent comme une peau de chagrin; 50% des récifs coralliens présents dans les années 60 sont aujourd'hui morts ou détruits !
Des coraux morts. on peut voir qu'ils sont blancs, signe qu'il ne contiennent plus de zooxanthelles, et qu'il y a des amas d'algues, un autre signe de mauvaise santé. La biodiversité y est très faible.
Quelles sont les causes de ce désastre écologique silencieux ?
  • le réchauffement climatique qui augmentent la température des océans (nuisible aux aux zooxanthelles)
  • l'acidification des océans qui empêchent aux coraux de synthétiser du calcaire et ainsi construire leur squelette
  • les différentes pollutions (pesticides, micro-plastiques, effluents des bateaux,...)
  • certaines méthodes de pêche industrielle qui raclent les fonds marins
  • les infrastructures côtières qui, à la fois, polluent et causent la destruction de récifs coralliens pour en faire des matériaux de construction. C'est le cas actuel de la Martinique où 18 ha de récifs coralliens ont été arrachés en 1999-2001. Et actuellement, la destruction de 13 ha est autorisée sur le même banc récifal pourtant riche d'une biodiversité unique à la Martinique, la caye de la Grande Sèche, tout cela en dépit de les lois en vigueur.
    Un extrait du dossier de demande d'autorisation des travaux. On peut voir la zone de la première destruction de 18 ha (zone en bleue), il est est prévue de détruire 13 ha à proximité de cette zone. Petit à petit, la Grande Sèche sera grignotée au gré des travaux à proximité... 
  • le tourisme (certains plongeurs peu précautionneux abîment le site qu'ils sont venus admirer ! Et certains composés de crèmes solaires seraient nocives pour les coraux)
  • les cyclones (une houle puissante peut endommager les récifs coralliens)
  • certains prédateurs devenus invasifs (Acanthaster planci)

Si vous avez bien lu et bien compris, vous pourrez dire pourquoi:
  • on associe aux coraux : biodiversité, protection des côtes, tourisme de plongée, soutien à la pêche et épuration des eaux
  • la blancheur des récifs coralliens est signe de mauvaise santé
  • la disparition des coraux est liée aux activités humaines

Sinon vous pouvez attendre un prochain article qui expliquera le rôle essentiel des coraux pour la nature en général et l'homme en particulier...N'oubliez pas de vous abonner (en haut à droite) et de signer la pétition !

dimanche 7 juin 2015

UN PORT EN EAUX TROUBLES

Le 26 mai 2015, les travaux portuaires de Fort-de-France ont démarré en toute opacité: quels travaux vont être réalisés ? Ceux figurant sur l'arrêté d'autorisation, ceux diffusés dans les médias et appelés "nouveau projet" ou encore un autre projet entendu à la radio au démarrage des travaux ? Et pourquoi les autorités sont-elles si réticentes à communiquer les documents importants aux associations ?  


PETIT RAPPEL (pour ceux qui ont manqué les épisodes précédents...)

Dans ce projet, les coraux sont destinés à être utilisés comme matériaux de constructions GRATUITS !
C'est illégal à plus d'un titre car :
  • les coraux sont protégés à la Martinique → aucune dérogation n'a été délivrée pour ce projet
  • pour extraire des matériaux, il faut un titre minier → le projet ne comporte aucun titre minier
  • pour qu'un projet comportant des impacts importants sur l'environnement soit autorisé, il doit être déclaré d'Intérêt Général → Il n'y a aucune déclaration d'intérêt Général
    Malgré toutes ces motifs d'illégalité, une autorisation a été accordée par le Préfet de l'époque...

Plusieurs versions pour un même projet
En octobre 2013, des travaux portuaires ont été autorisés par arrêté préfectoral. Ces travaux comprennent:
- le dragage (= action d'enlever des boues dans un plan d'eau) des boues aux endroits où sont prévues les extensions
- la création d'une mangroves artificielle à partir d'une partie de ces boues et le clapage (= rejet des boues en haute mer) du restant de ces boues.
- la destruction et le concassage de récifs coralliens à la biodiversité exceptionnelle pour être utilisés comme matériaux de construction gratuits.
Projet d'extension officielle datant d'octobre 2013 (extrait du dossier de demande d'autorisation).  Les extensions sont en orange foncé. Le plan du port avant travaux est en haut à gauche.

Suite à la mobilisation de notre collectif et à de nouvelles études, le projet aurait été modifié.
Durant une rencontre de pseudo-concertation le 19 décembre 2014, les autorités nous ont présenté un nouveau projet en 2 phases. La première phase (extension sud-est) s'effectuerait :
- sans dragage,
- ni clapage, ni création de mangrove artificielle
- ni destruction corallienne,
soit une première phase écologiquement « propres ».
La deuxième phase (extension nord-ouest) serait réduite de 9 à 3 ha. En revanche, les choix pour cette extension ne sont pas arrêtés, ils ne le seront qu'après « concertation » avec les associations.

Par ailleurs, les autorités ont refusé de nous communiquer les documents décrivant ces modifications. Ils se sont aussi opposés de façon catégorique à modifier l'autorisation d'octobre 2013 qui est donc toujours en vigueur.

Enfin, une dernière version auraient été présentés au démarrage des travaux , le 26 mai 2015, par un ingénieur du port sur les ondes de Martinique Première. Ils consisteraient en une première phase d'1 seul ha et une deuxième de 2 ha. Ce qui nous laisse totalement perplexe ( 1 ha en 8 mois !? C'est très lent et probablement peu rentable ! À moins que le calendrier aurait changé aussi...).

Les choix environnementaux des différentes versions du projet. On remarque que beaucoup de questions restent en suspens. On doit à garder à l'esprit qu'aucune description des projets de décembre 2014 et mai 2015 n'a été rendue publique.

Quelle version est en cours de réalisation ? Celle d'octobre 2013, décrite dans l'autorisation toujours en vigueur ? Celle de décembre 2014, largement diffusée dans les médias mais sans aucune base officielle ? Celle de mai 2015, invraisemblable mais plus récente ?
Pourquoi les autorités ont-elle refusé de modifier l'arrêté alors que le nouveau projet est si différent ? Pourquoi sont-elles si réticentes à divulguer les informations concernant ce soi-disant « nouveau projet » ? Se réserveraient-elles le droit de faire évoluer le projet à leur guise ?

A quand une « réelle » concertation ?
Alors qu'ils se disent dans un processus de concertation, les premiers documents en notre possession concernant le nouveau projet ont été des articles de presse ! Et c'est aussi par la presse que nous avons appris le démarrage des travaux !

Des concertations avec les associations sont prévues courant 2015 pour la deuxième phase. Le Grand Port et la Préfecture en seront-ils capables? Cesseront-ils d'essayer de nous duper ? Seront-ils dans un état d'esprit de coopération ?

Début de réponses très prochainement, puisqu'une rencontre avec le Directeur du Grand Port est prévue dans quelques jours. Nous espérons qu'elle ne se réduira pas à une simple opération de communication. A suivre...

N'oubliez pas de signer la pétition !